Le temps des disciples

Avec le temps, la réputation d’Etienne de Muret augmente et attire à lui des disciples qu’il disperse dans des habitations de fortune à proximité de son ermitage et qu’il réunit régulièrement pour assurer leur instruction et leur discipline. Parmi ces disciples figure un ancien chevalier, Hugues Lacert, qui devient le confident de son maître, et dont la mémoire stupéfiante transmettra aux générations suivantes ses enseignements.

Mort du maître et naissance de la Règle

Après la mort d’Étienne en 1124, son successeur transfère la communauté à quelques kilomètres, dans un lieu plus rude, pour éviter toute contestation de la part des bénédictins de Saint-Augustin de Limoges, propriétaires de Muret par l’intermédiaire de leur prieuré d’Ambazac. Dans ce nouveau lieu nommé Grandmont, les frères, essentiellement laïcs au départ, vont construire des bâtiments et une organisation conforme à leur mode de vie, faite de renoncements, de prières et de travail manuel.

Le quatrième prieur, Étienne de Liçac (1139-1163) se charge de codifier par écrit une Règle extrêmement rigoureuse, indépendante des règles monastiques existantes. Le peuple donne à ces nouveaux religieux le surnom de Bonshommes et les maîtres successifs de l’Aquitaine, le roi Louis VII d’abord puis surtout le roi Henri II Plantagenêt, leur accordent leurs faveurs. Le pape Clément III confirme la Règle de Grandmont et en 1189, procède à la canonisation d’Étienne de Muret.

Expansion de l’ordre et de son architecture en France et ailleurs

L’ordre connaît un succès et une expansion importants et rapides, qui entraîne la fondation de nombreuses dépendances dans une large moitié ouest de la France (sauf en Bretagne) et quelques établissements en Angleterre et en Navarre. Toutes ces implantations reprendront, à une échelle réduite et avec des nuances, le plan type d’organisation des bâtiments du chef d’ordre, en particulier dans leurs églises dépourvues de transept, mais au chœur légèrement plus large que la nef.

Cependant les exigences imposées par la Règle, le centralisme absolu qui fait que seul le prieur de Grandmont est apte à prendre toutes les décisions importantes pour l’ensemble des frères dispersés et les dissensions récurrentes entre les convers laïcs et les clercs, les seconds étant soumis aux premiers pour ce qui concerne le temporel, ont conduit les papes successifs à mitiger cette règle et à prononcer, sans toutefois rencontrer toujours le succès, de multiples mesures de réorganisation.

Conflits et transformation

Après cette suite de crises et une confrontation finale entre deux prieurs concurrents, Jean XXII publia en 1317 une grande bulle transformant radicalement l’ordre. Le prieuré de Grandmont était érigé en abbaye, dont dépendait trente-neuf prieurés. Toutes les autres maisons devenaient des dépendances de ces prieurés
ou du chef d’ordre. La suite de leur histoire ressemble à celle des autres congrégations religieuses, subissant la commende et les guerres de religion avant de retrouver une certaine indépendance et même une réforme au XVIIe siècle.

Fin de l’ordre

Au siècle suivant, L’abbaye chef d’ordre engagea la reconstruction complète de ses bâtiments, sans que l’entreprise puisse être achevée car l’association de l’évêque de Limoges, intéressé à récupérer son patrimoine, et de Loménie de Brienne, rapporteur de la Commission des réguliers et adversaire méticuleux des moines, conduisit à la suppression de l’ordre en 1772.

Peu de temps après, la Révolution entraînera la vente des prieurés et des autres établissements comme biens nationaux, la disparition de l’abbaye et la dispersion de son trésor de reliques. Paradoxalement, c’est cette dispersion qui a permis de conserver un bel ensemble de reliquaires, dont la grande châsse émaillée d’Ambazac, et d’assurer à Grandmont une notoriété particulière toujours actuelle.

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